Les
Apothicaires de Montpellier
Présentation
Certains de mes ancêtres étaient apothicaires. En particulier la lignée des
Lavit, apothicaires à Millau,
dans le Rouergue. Le métier d'apothicaire, ancêtre de celui du pharmacien,
requiert une formation initiale pour lui permettre de préparer les
décoctions, potions, infusions, sirops ou autres suppositoires
qui devaient guérir nos ancêtres de leurs maladies.
Un article de la Revue
d'Histoire de la Pharmacie m'avait intrigué.
Dans le numéro 351 de l'année 2006,
Marie-Sophie Guibert avait écrit un article
dénommé : "
Un
seul lieu, beaucoup de monde : les compagnons apothicaires à
Montpellier de 1574 à 1654".
L'auteur indiquait qu'elle prenait la suite de Louis Irissou
qui présentait dans
l'article du n°40 de juin 1939 "
Les
compagnons-apothicaires
originaires de Languedoc et de Rouergue immatriculés
à Montpellier de 1574 à 1736".
Leur étude reposait sur des registres de matricules
des compagnons apothicaires de Montpellier, déposés aux
AD de l'Hérault. C'était l'occasion rêvée
d'aller rendre visite à tante M. à
Montpellier, et tenter d'en savoir plus sur les Lavit,
nos ancêtres apothicaires. J'étais ravi après une
journée passée à déchiffrer
des noms aux archives
départementales de l'Hérault, de la revoir, de
pouvoir discuter avec elle de la famille et de son
histoire.
Le registre des Compagnons-Apothicaires de Montpellier
Marie-Sophie Guibert avait
dépouillé l'intégralité du
registre de matricules des compagnons apothicaires de Montpellier
entre 1574 et 1655, soient 1517 personnes, venant de toute la France et
même de l'étranger se parfaire dans le
métier d'apothicaire.
Voici ce qu'écrit Charles
Restaurand en 1637 : "
Charles
Restaurand natif de la Ville de Milhau [Millau] en Rouergue me suis
présanté pardevant les maistres Jurés
majeurs du
Corps des apoticaires de l'université de la presant ville de
montpellier et ay esté Examiné tant sur la
théorique pratique de pharmacie lesquels mont fait
presté
le serment Entel Cas requis et mont permis de m'inscrire dens le petit
Livre de matricule en payant les droits acoustumes fait a Montpellier
ce troiziesme Decembre mil six cents trente sept. C Restaurand".
La Thériaque
de Montpellier
Les compagnons se familiarisaient à la fabrication
de diverses potions, dont la
célèbre
thériaque de Montpellier,
un contrepoison réputé.
Dans la réalité, la
thériaque était pensée comme
la
panacée, servant
à soigner les maladies contagieuses, les troubles digestifs,
mais aussi les troubles circulatoires ou l'épilepsie. Il
possédait en outre des vertus admirables pour la vieillesse.
Un vrai médicament miracle !
La formule
pharmaceutique établie entre autres par Galien (ca130 -
ca200), médecin grec au temps de l'Empire
romain, comportait dans le cas de la thériaque de
Montpellier, pas moins de 83 composés
naturels, extraits de plantes, d'animaux et de minéraux.
Certains avaient des vertus apaisantes, d'autres tonifiantes, d'autres
encore purgatives ou antidiarrhéiques. Les savants de
l'époque considéraient qu'au vu de la
multiplicité
des remèdes, l'organisme malade pouvait
bénéficier
de celui ou ceux qui lui seraient favorables ! En voici une
liste :
- Aloès,
- Rhubarbe,
- Agaric blanc,
- Iris de Florence,
- Scille sèche,
- Asarum,
- Méum,
- Cannelle fine,
- Acore vraie,
- Sureau arabique,
- Gingembre,
- Nard celtique,
- Gentiane,
- Valériane,
- Laurier aromatique,
- Nard indien,
- Potentille,
- Aristoloche,
- Germandrée,
- Lavande,
- Dictame de Crète,
- Laurier casse,
- Calament,
- Menthe pouillot,
- petite Centaurée,
- Chamoedrys,
- Chamepitys,
- Teucrium marrum,
- Marrube blanc,
- Rose rouge,
- Jonc odorant,
- Millepertuis,
- Safran (qui lui donnait sa couleur jaune),
- Carottes de Crète,
- semences de Lentilles et de Navets,
- Poivre long,
- Poivre aux grains noirs et blancs,
- Persil de Macédoine,
- Cardamome,
- Carbobalsemum,
- Seseli de Marseille,
- Fenouil,
- Ammi,
- Anis,
- semence de Thalaspi,
- Opium,
- sucs de Réglisse,
- Gomme arabique,
- Acacia,
- Hypociste,
- Styrax,
- Myrrhe,
- Oliban (Encens),
- Galbanum,
- Opopanax,
- Sagapenum,
- mie de Pain desséchée,
- Terre sigilée,
- Bitume de Judée,
- Sulfate de Fer desseché,
- Castoreum (extrait de glandes de Castor),
- Vipère
desséchée ! ¹
La poudre obtenue était
mélangée à du sirop
additionné de Baume de
La Mecque, de Térébenthine de Chio, de miel blanc
de
Narbonne et de vin d'Espagne ! Sa confection avait lieu sous le
contrôle des professeurs de l'université de
médecine de Montpellier, et avant
l'été pour
obtenir une pâte plus homogène.
Le Musée de la
Pharmacie de Montpellier
Peuplée au temps jadis de
maîtres apothicaires prestigieux, la
cité montpelliéraine abrite aujourd'hui un
musée de la pharmacie. Ma visite le mardi
matin au
musée Albert Ciurana fut chaleureuse et
fructueuse. Très riche, d
ans
un style
« cabinet de
curiosités », ce musée présente dans ses
vitrines toutes les facettes de
l'école
d'apothicaires de Montpellier. On découvre
de
nombreux portraits, des vases d’apothicaires, des instruments de
physique,
chimie (avec les applications en œnologie) et pharmacie. On
trouve par
exemple des balances, certaines « industrielles » datant du XIXe, et d'autres
traditionnelles provenant de Chine ou d’Inde
pour peser l’opium ou le cannabis…
La
visite se prolonge dans l'atmosphère
intimiste des officines reconstituées du XIXe et XXe
siècles. C'est toute l'histoire de la pharmacie qui
défile à travers les mortiers utilisés pour broyer
les
substances en poudre, jusqu'aux faïences de
préparations pharmaceutiques, en passant par
les
appareils à fabriquer les cachets et les suppositoires. A la fin de la visite
, j'ai eu la
chance de rencontrer Madame
Guibert.
Les Noms des
Compagnons-Apothicaires passés par Montpellier
Marie-Sophie Guibert avait
dépouillé l'intégralité
du premier registre
².
Elle m'a permis ainsi de noter l'inscription le 3 décembre 1637
de
Charles Restaurand, apothicaire de Millau et oncle de notre
ancêtre André Bors (1650-1750) lui-même
apothicaire
à Millau.
Claude Duret, apothicaire d'Annonay (?-1664),
notre
ancêtre du côté Montgolfier
³,
était aussi passé par Montpellier, s'inscrivant
à l'école d'apothicairerie le 13 juin 1639.
Si je voulais trouver mes Lavit et
André Bors, il fallait
que je cherche dans le registre plus récent, le
deuxième qui couvre la période 1655-1736
4. Je ne
les ai pas trouvés !
L'
étude
historique qui suit présente
quelques idées pouvant
expliquer cette absence "inexplicable" : Montpellier par sa
proximité et la renommée de son
université de médecine était
pourtant à priori la ville la plus à
même
d'avoir hébergé le séjour studieux des
Lavit, apothicaires de Millau.
J'en ai rapporté cependant la liste
à peu près complète des 794
compagnons-apothicaires qui sont passés par Montpellier
entre 1655 et 1736. A partir du fichier, je me suis essayé
à une
petite
étude historique sur la fréquentation de
l'école des apothicaires de Montpellier durant
cette
période, ainsi qu'à une petite
présentation de l'
origine
géographique de ces mêmes apothicaires.
Enfin par le menu de gauche, vous aurez accès à la
liste
alphabétique de tous les
compagnons apothicaires de Montpellier entre 1655 et 1736,
ceux dont j'ai réussi à lire
le patronyme, et
un tableau
généalogique des Lavit apothicaires.
Bonne chasse !
-----
¹. Granel (François), La
Thériaque de Montpellier, in
La Revue d'Histoire de la
Pharmacie, XXIII, n°229, juin 1976. (
retour au
texte)
². Série E, sous-série 4E,
document 4. (
retour au
texte)
³. Il s'agit de
l'arrière-grand-père maternel des inventeurs
Joseph et Etienne de Montgolfier. (
retour
au
texte)
4. Série E,
sous-série 4E, document 5. (
retour
au
texte)
Auteur

Création
: 7 novembre 2009 - dernière
mise à jour : 25
novembre 2009